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Madagascar : toute une histoire !
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L – Du deuxième mandat de Marc Ravalomanana en 2006 à l’auto-proclamation d’Andry Rajoelina en 2009… Ou quand Madagascar paie le rejet d’un second tour en 2002

Nous sommes en 2006 ! Apparemment la vie de la République suit « calmement » son cours. Le 3 décembre, Marc Ravalomanana est élu dès le premier tour contre 13 candidats pour un second mandat de 5 ans. Un référendum introduit l’Anglais comme troisième langue officielle, supprime les provinces autonomes et installe administrativement les 22 régions. Un évènement changera le cours de l’histoire : le ministre de la Communication ordonne la fermeture de la chaîne de télévision du maire d'Antananarivo, Andry Rajoelina, après la diffusion d'une interview de l'ex-président Didier Ratsiraka, en exil en France… Andry Rajoelina suivra le chemin montré par Marc Ravalomanana, il appellera la population à descendre dans la rue, à rejoindre la place du 13 mai pour réclamer l’ouverture de sa station… Il utilisera le mot « démocratie » dont il ignorera le sens peu de temps après ! Il promet de mener le pays à la transition, mais l’ancien DJ, homme de communication demandera dès la première occasion, avec tact, à être appelé « Président ». Et il en fera son combat… Et comme la communauté internationale a bien reconnu un président arrivé par la rue en 2002, alors pourquoi ne serait-il pas aussi Président… Toute une histoire !

3 décembre 2006 : Marc Ravalomanana est élu dès le premier tour contre 13 candidats pour un mandat de 5 ans.

(Ravalomanana Marc (54,79%), Lahiniriko Jean (11,65%), Ratsirahonana Norbert Lala (4,22%) Ratsiraka Iarovana Roland (10,14%), Razafimahaleo Herizo Jossicher (9,03%), Ravelomanantsoa Razafindrabe Elia (2,56%), Rakotoniaina Pety (1,68%), Randrianjoary Jules (0,75%), Rajakoba Daniel (0,64%), Andriamanjato Ny Hasina (4,18%), Manandafy Rakotonirina (0,33%), Tsiranana Philippe Madiomanana (0,03%), Razakarimanana Ferdinand (0,00%), Monja Roindefo Zafitsimivalo (0,00%).

4 avril 2007 : Référendum pour des amendements constitutionnels qui introduisent des pouvoirs d'urgence pour le Président, l'adoption de l'anglais comme troisième langue officielle, et la redéfinition des divisions administratives du pays (supprimer les six « provinces » et l'instauration des « régions » au nombre de 22). Le « Oui » l’emporte à 75,33%.

26 juillet 2007 : Dissolution de l'Assemblée nationale.

23 septembre 2007 : Victoire du parti présidentiel aux élections législatives (105 députés sur 127, le LEADER-Fanilo remporte 1 siège, les Indépendants 11 et Autres 10) marquées par une abstention proche des 80%.

3 novembre 2007 : Andry Rajoelina se porte officiellement candidat à la mairie d'Antananarivo, capitale de Madagascar et créé l'association « Tanora malaGasy Vonona » ou TGV (traduction : « Jeunes Malgaches prêts »). Il se déclare non affilié à l'opposition. Les médias invoquent des mésententes avec le pouvoir de Marc Ravalomanana, dans la conduite de ses entreprises privées.

12 décembre 2007 : Andry Rajoelina est élu maire d'Antananarivo avec 63,32% des voix pour un taux de participation est de 40%. Il avait pour principal adversaire Hery Rafalimanana du parti Tiako I Madagasikara (TIM), le parti de Marc Ravalomanana.

20 décembre 2007 : Andry Rajoelina est reçu par le président Marc Ravalomanana qui le félicite pour son élection.

21 décembre 2007 : Andry Rajoelina annonce que la mairie est endettée à hauteur de 8,2 milliards de MGA (environ 3 millions d'euros).

29 décembre 2007 : L'oncle d’Andry Rajoelina, Jeannel Ramarofidy est placé à la tête du conseil municipal.

5 janvier 2008 : à la suite de coupures de l'éclairage public et de l'approvisionnement en eau des bornes fontaines dans la ville par la compagnie nationale d'électricité JIRAMA, Andry Rajoelina réagit sur TV Plus, principale chaîne de l’opposition, il déclare : « La population d’Antananarivo ne doit pas être sanctionnée pour des raisons de stratégie politique »

En effet, la JIRAMA réclame à la commune des arriérés de paiements s'élevant à 3,3 milliards MGA, déduits de 717 millions MGA de taxes communales, les arriérés sont ramenés à 2,58 milliards MGA (environ 950 000 €).

7 janvier 2008 : Création de l'antenne européenne de l'association TGV, « TGV Europe » présidée par Rija Rajoelina.

20 janvier 2007 : Le Général Charles Rabemananjara, devient Premier ministre.

Mars 2008 : Extraction des premiers barils de pétrole à Tsimiroro.

Juillet 2008 : Signature d'un contrat avec le groupe sud-coréen Daewoo pour la location, pour 99 ans de 1,3 millions de terres agricoles.

13 décembre 2008 : Fermeture par le gouvernement de la chaîne Viva, télévision du maire d'Antananarivo, Andry Rajoelina, après la diffusion intégrale d'une vidéo privée montrant l'ex-président Didier Ratsiraka, en exil en France en train de dénoncer la politique de Marc Ravalomanana durant la visite de quelques-uns de ses compatriotes venus lui présenter leurs vœux à l’occasion de son anniversaire.

17 janvier 2009 : Andry Rajoelina appelle ses partisans à manifester contre le gouvernement sur la fameuse place du 13 Mai à Antananarivo.

24 janvier 2009 : Andry Rajoelina appelle à une grève générale contre la « dictature » du président Ravalomanana. Il exige la démission du ministre de la Communication et du ministre chargé des Domaines. Plusieurs manifestations contre le président tournent à l'émeute dans la capitale (plus de 80 morts).

25 janvier 2009: Les émetteurs de la station VIVA de Andry Rajoelina sont démantelés et mis sous scellés par les forces de l'ordre.

26 janvier 2009: Il organise une autre manifestation anti-gouvernementale qui dégénère en émeutes et en une série de pillages. L'immeuble de la radio télévision publique (RNM) est incendié par les manifestants. Les locaux des entreprises et véhicules du Groupe Tiko appartenant à Marc Ravalomanana sont pillés et incendiés : la radio et télévision MBS, les centrales de distribution Magro, l'imprimerie Blueprint, le journal le Quotidien... L'auditorium d'Ankorondrano du parti présidentiel Tiako i Madagasikara (TIM) est également incendié. Plusieurs centres commerciaux (Jumbo Score Ankorondrano, Galerie Zoom, Supreme Center Behoririka...) sont également pillés et brûlés. Au moins 68 personnes, principalement des pilleurs piégés par les flammes, périssent en moins de trois jours. Cet épisode dramatique a reçu le surnom du Black Monday ou Lundi noir par la presse malgache.

31 janvier 2009 : Au micro, Andry Rajoelina se proclame « en charge des affaires du pays », toujours, sur la place du 13 mai.

2 février 2009 : Andry Rajoelina dépose une demande de destitution du président Ravalomanana.

3 février 2009 : Andry Rajoelina est démis de ses fonctions de maire par le gouvernement.

7 février 2009 : Andry Rajoelina organise une énième manifestation sur la place du 13 Mai et demande à ses partisans de marcher sur le palais d'État d'Ambohitsorohitra pourtant classé « zone rouge ». Bilan : 28 morts dont un journaliste et 212 autres blessés. (…) Pour faire la lumière sur ces évènements, Marc Ravalomanana annonce la création d'une commission d'enquête internationale.

11 février 2009 : Ouverture des négociations entre les camps rivaux du président et d'Andry Rajoelina, sous la houlette de représentants des églises.

6 mars 2009 : Andry Rajoelina, sous le coup d'un mandat d'arrêt, se réfugie à l'ambassade de France.

10 mars 2009 : Après avoir contraint le ministre de la Défense à la démission, l'armée pose un ultimatum aux autorités civiles pour sortir de la crise.

11 mars 2009 : Les militaires mutins du Capsat favorables à Andry Rajoelina s'emparent du ministère de la Défense nationale et forcent le ministre, le vice-amiral Mamy Ranaivoniarivo, à démissionner.

16 mars 2009 : Le CAPSAT, des éléments mutins de l'armée malgache, partisans d'Andry Rajoelina, prennent d'assaut et s'emparent du palais présidentiel d'Ambohitsorohitra gardé par des éléments de la garde présidentielle. Les rafales de mitraillette, les tirs de canon et de roquette durent plusieurs heures. On ignore toujours à ce jour s'il y a eu des victimes.

17 mars 2009 : Madagascar vit un coup d’État !! Les militaires du Capsat s'emparent du palais d'Iavoloha où se réfugiait le président Marc Ravalomanana. Les coups de feu durent plusieurs heures. On ignore à ce jour s'il y a eu des victimes. Ce dernier assiégé et avant de quitter le pays dissout son gouvernement et signe une ordonnance (ordonnance no 2009-001 du 17 mars 2009) pour transférer le pouvoir exécutif à un directoire militaire chargé d'organiser des élections sous deux ans.

La presse rapporte qu’à l'épiscopat d'Antanimena où se déroule une réunion d'information sur ladite ordonnance, les officiers censés diriger le Directoire sont pris à parti par les militaires obéissant à Andry Rajoelina. Ils sont capturés et transférés manu militari au camp du Capsat. À leur sortie du camp du Capsat, les officiers capturés insistent sur le fait qu'ils n'ont pas fait l'objet d'intimidations et annoncent qu'ils ont signé une ordonnance (ordonnance no 2009-002 du 17 mars 2009) qui transfèrerait le pouvoir exécutif à Andry Nirina Rajoelina.

Andry Rajoelina s'autoproclame président de la Haute Autorité de la transition de la République de Madagascar et signe l'ordonnance no2009-003 qui porte création de la Haute Autorité de la Transition (HAT) et la suspension du Parlement démocratiquement élu.

À l’instar de son collègue Dadis un peu plus au Nord de l’Afrique, quelques mois plus tôt, Andry Rajoelina et sa HAT suspendent la Constitution et toutes les institutions républicaines et dissolvent du gouvernement, en rassurant qui veut bien l’entendre que ce n’est pas le pouvoir qui l’intéresse mais la justice et la démocratie pour son peuple. L’histoire est en train de révéler le contraire…

21 mars 2009:

Investiture d'Andry Rajoelina à la présidence de la « Haute autorité de transition ». Transition d’une durée maximale annoncée de 24 mois. Aucun diplomate étranger n’est présent. L’auto-proclamation vit une fois de plus dans la grande île. Norbert Lala Ratsirahonana, juriste de renom qui fut un artisan de l’autoproclamation de Marc Ravalomanana est présent aux côtés du « plus jeune putschiste » au monde.

Andry Nirina Rajoelina (30 mai 1974), issu du monde des affaires comme son rival politique Marc Ravalomanana, se fait connaître du public en étant aux platines, en tant que DJ animant des soirées dansantes « Live » dans la capitale. Il délaisse sa société de communication (Injet, Publi-diffusion, Viva), qui était la cible perpétuelle et principale concurrente de iMada, entreprise de Sarah Radavidra née Ravalomanana pour s’attaquer à la municipalité de Antananarivo, et remporte les élections avec 63,32% le 12 décembre 2007. Une victoire est arrachée au détriment du parti Présidentiel. Le Manager de l’année (2001) du magazine L’écho australe arrache les rênes du pays et s’autoproclame, président de la Haute autorité de la transition.

23 mars 2009 : Le coup d'État, est condamné par une grande partie de la communauté internationale qui déplore le non-respect des voies démocratiques du pays et le recours à la force.

Avril 2009 : Début des manifestations de rue contre la prise de pouvoir Andry Rajoelina, et qui sont réprimées par la force.