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Madagascar : toute une histoire !
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K – « Sorti par les urnes, il revient par les urnes »… Du retour de Didier Ratsiraka aux deux investitures de Marc Ravalomanana : le fléau de l’auto-proclamation

Nous sommes en 1996, démocrate, Zafy Albert acceptera l’empêchement et se présente aux élections présidentielles anticipées, organisées pour essayer de donner une fin à la crise. Il s’inclinera devant Didier Ratsiraka, « sorti et revenu par les urnes » constatera-t-on ! La vie de la République reprend son cours… Mais la marche de la démocratie sera stoppée un moment : le temps de l’autoproclamation du maire d’Antananarivo, Marc Ravalomanana, après avoir refusé le second tour des élections présidentielles de 2001 et préféré les manifestations dans la rue et sur la place du 13 mai aux urnes… Faisant fi des accords signés, il connaîtra deux investitures, la communauté internationale finira par le reconnaître. Une victoire personnelle mais un acte anti-démocratique qui coûte cher au pays… « Le message lancé à la jeunesse malgache fut empoisonné »… à ce jour (2009, ndlr), l’histoire notera qu’un autre jeune maire d’Antananarivo, businessman de son état, lui aussi, essaie d’emprunter le même chemin : « de la rue, à la présidence, en passant par la reconnaissance internationale ! » Toute une histoire !

03 novembre 1996 : Premier tour des élections présidentielles anticipées.

Didier Ratsiraka (AREMA) 36.61%, Albert Zafy (UNDD) [CFV] 23.39%, Herizo Razafimahaleo (LEADER-Fanilo) 15.13%, Norbert Ratsirahonana (AVI) 10.14%, Richard Andriamanjato (AKFM-Fanavaozana) 4.94%, Jean Eugène Voninahitsy 2.79%, Alain Ramaroson 1.55%, Guy Willy Razanamasy (CSCD) 1.19%, Jérôme Marojama Razanabahiny 0.91%, Tovonanahary Rabetsitonta (GRAD-Iloafo) 0.90%, Philippe Rakotovao 0.80%, Evariste Vazaha 0.45%, Albert Andriamanana 0.42%, Charles Ramanantsoa 0.42%, Désiré Rakotoarijaona 0.37%.

29 décembre 1996 : Didier Ratsiraka remporte la présidence par 50,71% des voix devant Zafy et revient par les urnes à la présidence élue pour un mandat de 5 ans.

31 janvier 1997 : Didier Ratsiraka est déclaré deuxième Président de la 3ème République par la Haute Cour constitutionnelle.

15 mars 1998 : Référendum sur la décentralisation et la mise en place des « provinces autonomes ». Le peuple vote Oui (50,96%).(lire l’intégralité de la constitution).

17 mai 1998 : Élections législatives.

AREMA 63 sièges, LEADER-Fanilo 16 sièges, AVI 14 sièges, RPSD 11 sièges, AFFA 06 sièges, MFM 03 sièges, AKFM-Fanavaozana 03 sièges, CSCD 01 siège, GRAD-Iloafo 01 siège, Indépendants 32 sièges.

14 novembre 1999 : Marc Ravalomanana se présente aux élections municipales sous sa propre bannière « Tiako Iarivo » (J'aime Antananarivo).

Décembre 1999 : Marc Ravalomanana est élu maire d'Antananarivo, avec 45% des suffrages.

Son élection était prévisible du fait même de sa position en tant que principal financier de l'Église de Jésus-Christ à Madagascar. Il a su s'appuyer sur les courants religieux, un relais de propagande à Madagascar ayant déjà fait ses preuves. (Note de l’histoire : la seule fois où l'église fit campagne fut lors du référendum sur la révision constitutionnelle en 1998 : aucun parti de l'opposition n'avait fait campagne pour le « Non », les quatre églises du FFKM ont lu un communiqué qui aurait incité les fidèles à voter « Non » et le président Ratsiraka a failli perdre son référendum.)

12 avril 2000 : Un projet de loi contre la corruption est adopté par le Conseil du gouvernement.

26 juillet 2000 : Vote d'un nouveau code électoral remplaçant celui de 1992.

3 décembre 2000 : Premières élections provinciales. Élections, pour la mise en place des Provinces Autonomes après l'examen de la loi par le parlement qui a commencé le jeudi 17 août2000.

Plus de 6 millions d'électeurs sont appelés à élire 336 conseillers provinciaux (45% de taux de participation général et prédominance de l'AREMA - Alliance pour la Rénovation de Madagascar, parti présidentiel).

29 décembre 2000 : Loi organique pour le rétablissement du Sénat

18 mars 2001 : Les grands électeurs élisent les 70 premiers sénateurs de la Troisième République.

18 avril 2001 : Le président de la république nomme les 30 autres sénateurs.

2 mai 2001 : Les Sénateurs élisent le Président du Premier Sénat de la 3ème République Malgache.

10 juin 2001 : Mise en place des gouverneurs des six provinces.

16 décembre 2001 : Premier tour des Élections présidentielles : le président sortant Didier Ratsiraka affronte parmi d'autres candidats le maire d’Antananarivo, Marc Ravalomanana. Ce dernier a bénéficié du soutien de nombreux petits partis regroupés au sein du KMMR (Comité de soutien à Marc Ravalomanana)

La contestation des résultats de ce premier tour sera à l'origine de l'une des plus graves crises politiques de l'histoire du pays mais, son élection sera finalement validée par un « recompte » de la Haute Cour Constitutionnelle en avril 2002, avec 51,46% des voix.

23 décembre 2001 : bref voyage de Marc Ravalomanana à Paris

23 janvier 2002 : La HCC rejette les requêtes présentées par les partisans de Marc Ravalomanana qui demandent de confrontation des procès verbaux bureau de vote par bureau vote des résultats du ministère de l'Intérieur avec ceux du KMMR (Comité de soutien de Marc Ravalomanana).

25 janvier 2002 : La Haute Cour constitutionnelle proclame officiellement Ravalomanana en tête du premier tour avec 46,21% des voix, contre 40,89% à Ratsiraka, Albert Zafy 5.34%, Herizo Razafimahaleo 4.27%, Daniel Rajakoba 1.77%, Patrick Rajaonary 1.57% et convoque un second tour.

L'équipe du candidat Marc Ravalomanana estimant, que leur candidat a obtenu plus de la moitié des voix, rejette le résultat et appelle à la grève générale illimitée. Ce rejet du second tour d’élections n’est pas innocent dans l’instabilité politique que connaîtra le pays.

30 janvier 2002 : Marc Ravalomanana appelle à la grève générale dans la capitale.

Fin janvier – février 2002 : Manifestations quotidiennes de partisans de M. Ravalomanana à Tananarive et barrages de bennes à ordures et caillasses devant la Banque centrale, les différents ministères et un peu partout dans la ville.

7 – 10 février 2002 : une mission de l'Association des parlementaires francophones (MM. les sénateurs Penne et Duvernois) se rend à Madagascar

8 février 2002 : M. Amara Essy, Secrétaire Général de l'OUA, se rend à Madagascar, où il réussit à réunir MM. Ravalomanana et Ratsiraka (13 février).

13 février 2002 : M. Ibrahima Fall, Adjoint aux Affaires politiques du Secrétaire Général de l'ONU, arrive à Tananarive, en même temps que M. Bérenger, vice-Premier Ministre mauricien et son Ministre des Affaires étrangères M. Anil Gayan - également Président de la Commission de l'Océan Indien (COI).

22 février 2002 : Marc Ravalomanana s’autoproclame Président de la République de Madagascar devant plusieurs centaines de milliers de ses partisans à Mahamasina - Antananarivo. Il prête serment après l'annonce, par un haut magistrat, de sa victoire au premier tour « avec 52,15% des voix contre 35,67%» au président sortant.

28 février 2002 : Didier Ratsiraka proclame l'« État de nécessité nationale », qui n'aura pas d'effet.

4 mars 2002 : Marc Ravalomanana nomme un gouvernement parallèle. Il désigne Jacques Sylla « Premier ministre » ; son « gouvernement » compte 17 membres. Les « ministres » investissent les ministères, à l'exception de la Primature.

Mars 2002 : En réponse au blocage d’Antananarivo, des barrages routiers sont érigés dans tout le pays par des partisans de M. Didier Ratsiraka.

6 mars 2002 : Une nouvelle mission de l'OUA, présidée par l'ancien Président du Cap Vert, M. Monteiro, arrive à Madagascar

15 mars 2002 : Jacques Sylla ne réussit pas à investir la Primature.

21 mars 2002 : Marc Ravalomanana désigne des « présidents de délégation spéciale » (PDS) à la tête des six provinces.

26 mars 2002 : Des incidents à Fianarantsoa (Sud) font six morts.

14 avril 2002 : La COI se rend à nouveau à Madagascar, en compagnie de l'OUA.

16 avril 2002 : La Chambre administrative de la Cour Suprême invalide la nomination des membres de la Haute Cour Constitutionnelle (décret du 22 novembre 2001) pour vice de forme.

17 avril 2002 : Prise de Fianarantsoa par les partisans de Marc Ravalomanana.

Avril 2002 : « DAKAR I » signature sous la médiation de l’OUA et du président sénégalais d’accords pour la sortie de crise selon lesquels Mr Didier Ratsiraka, Président de la République et Marc Ravalomanana candidat aux élections présidentielles formeraient un gouvernement de consensus pour organiser le deuxième tour des élections après un recomptage des voies.

29 avril 2002 : Faisant fi de « Dakar I », rejetant le schéma de sortie de crise signée par les deux protagonistes et les représentants de la communauté internationale, la Haute Cour Constitutionnelle, réunie dans sa composition antérieure au 22 novembre 2001, déclare – à l'issue d'un nouveau décompte des voix dirigé par l’équipe du candidat maire – Marc Ravalomanana vainqueur avec 51,46% des voix, contre 35,90% pour le Président sortant. Le message fut clair mais empoisonné : « …de la rue, à la présidence, en passant par la reconnaissance internationale ! »

6 mai 2002 :

Seconde investiture de Marc Ravalomanana. N’ayant pas un système aussi sophistiqué qu’aux États-Unis où le recompte des voies entre Georges Bush et John Kerry tenait le monde en haleine, Marc Ravalomanana offre ses procès verbaux comme preuve et s’autoproclame président.

Autodidacte, Marc Ravalomanana (12 décembre 1949) incarne pour beaucoup le Malgache qui a réussi en partant de rien. Véritable bulldozer, il débute dans la petite entreprise agro-alimentaire familiale qu’il développe grâce à l'aide d'un prêt de la Banque Mondiale en une entreprise nationale (TIKO). Touche à tout, devenu capitaine d’industrie en s’appropriant la filière laitière de Madagascar, il a mis en place également une radio et une chaîne de télévision privées (MBS, « Malagasy Broadcasting System »), ainsi qu'un journal bilingue (« Le Quotidien »). En 1999, il s’attaque à la Mairie d’Antananarivo, suite à un grief avec l’ancien Maire et lui rafle son titre en obtenant 45% des voies.
Les média rapportent que ses premiers griefs envers son futur adversaire aux élections présidentielles de 2001 relèvent, entre autres, des refus de l’administration Ratsiraka de le laisser importer des bovins en pleine crise de la vache folle en Europe.
Par la force de sa seule volonté, il dérobe le fauteuil au nez et à la barbe du président sortant à qui il refuse un deuxième tour, mettant en pratique un des slogans de sa campagne électorale : « Premier tour dia vita ! » (Victoire dès le premier tour)… Après 6 mois de crise, de manifestations et de pourparlers le 6 mai 2002, il devient le troisième président de la 3ème République.
L’histoire a noté qu’un de ses premiers gestes à son arrivée au pouvoir n’était autre que l’importation de vaches normandes.

7 mai 2002 : Quatre gouverneurs (Tuléar, Diego-Suarez, Tamatave, Majunga) fidèles au Président Ratsiraka, déclarent leurs provinces « États souverains, indépendants dans la confédération de Madagascar ».

27 mai 2002 : Prise de la Primature à Antananarivo par Jacques Sylla escorté de « Mpiandry » sortes de diacres bible à la main, d’enfants et de militaires (un mélange de commandos, de réservistes et d’armée régulière.)

31 mai – 4 juin 2002 : Le « gouvernement » Sylla lance des offensives militaires en province (nord-est) pour conquérir des villes restées fidèles à Didier Ratsiraka. L'occupation des aéroports fait une dizaine de morts

4 – 5 juin 2002 : Visite du Ministre Dominique de Villepin à Libreville où il rencontre le président du Sénégal M. Wade et le secrétaire général de l'OUA M. Essy. Les entretiens de M. de Villepin avec ses interlocuteurs lui ont permis de travailler sur le dossier de Madagascar. Le ministre poursuit aujourd'hui son voyage à Dakar.

Les présidents Bongo et Wade ont lancé un appel pressant depuis Libreville pour que les protagonistes de la situation à Madagascar fassent preuve d'un sens élevé de responsabilité et de retenue, et soient présents à Dakar le samedi d’après. Lire communiqué

8-9 juin 2002 : Seconde rencontre pour trouver une issue à la crise sous l’égide de l’OUA au Sénégal, c’est DAKAR II. Aucun accord ne sera signé mais se conclut par l'élaboration d'un plan de sortie de crise.

13 juin 2002 : Didier Ratsiraka quitte Toamasina pour Paris.

14 juin 2002 : Les troupes de Marc Ravalomanana entrent sans combat à Tuléar.

19 juin 2002 : Prise de Majunga. Marc Ravalomanana contrôle tout le pays sauf Antsiranana et Toamasina.

21 juin 2002 : Réunion à Addis-Abeba de l'organe central de l'OUA au niveau des chefs d'État (en présence de Didier Ratsiraka et en l'absence de Marc Ravalomanana) - décision de laisser "vacant" le siège de Madagascar lors du sommet de Durban.

21 juin 2002 : Sabotage par des partisans de Didier Ratsiraka d'un pylône électrique alimentant la capitale en électricité.

22 juin 2002 : Didier Ratsiraka rentre à Toamasina.

26 juin 2002 : Reconnaissance par les États Unis d'Amérique du mandat présidentiel de Marc Ravalomanana.

3 juillet 2002 : Le ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin exprime la reconnaissance de l’État français de Marc Ravalomanana en tant que Président.

5 juillet 2002 : Didier Ratsiraka quitte Madagascar pour Paris via les Seychelles. « Si j’étais resté à Tamatave peut-être que mes partisans auraient résisté farouchement et il y aurait eut un bain de sang tel que je ne voulais pas prendre cette responsabilité historique devant la nation et devant la communauté internationale. » déclare-t-il à son arrivée à Paris.

8 juillet 2002 : Toamasina tombe sans combat. Marc Ravalomanana contrôle tout le pays.

Décembre 2002 : élections législatives. La mouvance présidentielle remporte 132 des 160 sièges. On remarque le boycottage des élections par l’AREMA qui refuse de reconnaître Marc Ravalomanana comme chef d’état à l’exception d’une certaine aile du parti. Le TIM remporte 103 sièges, le FP 22, le RPSD 05, l’AREMA 03, le LEADER-Fanilo 02, Autres 03, Indépendants 22.

1er janvier 2005 : Changement de la monnaie en Ariary.