A PROPOS DES ELECTIONS

Organiser des élections est une chose, organiser des élections justes en est une autre. Espérons qu’avant toute élection, il y ait d’abord justice. Que les procédures judiciaires ou celles sous l’empire d’une commission Vérité et réconciliation sur les cas 2002 et 2009 (au moins) soient d’abord entamées avant tout scrutin. L’enjeu est de savoir qui peut se présenter ou non à ces épreuves. Il est clair qu’il ne faut pas attendre le verdict des enquêtes avant d’organiser les élections car cela prendra beaucoup de temps, mais le fait d’avoir des dossiers et des inculpations fera réfléchir les politiciens à deux fois avant de se présenter. De même, les électeurs aussi réfléchiront bien avant de voter pour un politique qui osera être candidat alors qu’il n’est pas au-dessus de tout soupçon.

Justice impartiale

Cette Justice (par une commission Vérité et réconciliation ou par le système classique) doit être impartiale. Et surtout pas par une justice des vainqueurs comme en 2002 ou en 2009 où seuls les vaincus ont été jugés et en plus par leur vainqueur. Refaire la même erreur qu’en 2002: condamner, exiler, persécuter les vaincus créera une autre crise. Cette entité qui rendra justice ne gagne pas en crédibilité si sa composition est unilatérale.

L’idéal

L’idéal c’est de permettre à tous de se porter candidat et que ceux qui ne participent pas aux échéances électorales l’auront fait de manière volontaire. Ce qui est bien possible. Marc Ravalomanana par exemple, à Maputo, a volontairement choisi de rester en Afrique du sud, le temps que çà se calme. Personne ne l’y a contraint. Andry Rajoelina a, de sa propre initiative, déclaré le 12 mai 2010 ne pas vouloir se présenter aux élections.

L’erreur à ne pas faire

L’erreur à ne pas faire c’est d’empêcher untel ou untel de se porter candidat par des artifices juridiques. Empêchez Ang San Su Ki de se présenter et la Birmanie explosera. Empêchez Alassane Ouattarra de se présenter et la Côte d’Ivoire explosera. Empêchez, Ingrid Bettancourt de se présenter et la Colombie ne sera pas tranquille. Empêchez toute personnalité politique qui a un électorat important de se présenter et le pays restera en crise. C’est un principe de la démocratie moderne. Par contre si ces personnalités se retirent de leur propre chef, car inculpées par une justice qu’elles reconnaissent, l’affaire est tout autre.

Les deux problèmes de Madagascar

Pour sortir de la crise, Madagascar doit régler deux problèmes : la Justice entre Malgaches et la reconnaissance internationale des dirigeants. La justice est la plus importante. Si par malheur, comme en 2002, la reconnaissance internationale arrive avant la Justice, alors la crise perdurera. 2002 a tenu 7 ans.

 

Toavina Ralambomahay
Auteur de Madagascar dans une crise interminable, ed. l’Harmattan.