Le drame malgache ou l’histoire d’un Pinocchio au pays des cas denses.

Pinocchio, qui s’en souvient encore ? C’est cet assemblage de bois et la légende veut que le nez s’allonge, chaque fois qu’il arrive à Pinocchio de mentir… bien loin du compte de fait mais tout aussi légendaires, obnubilés par le mirage d’une reconnaissance internationale qui tarde à venir, ceux qui s’imaginent diriger Madagascar, ne prennent point  au sérieux le drame qui suivra l’escalade de la provocation partisane entre les  excités du TGV et les fanatiques du TIM, refusent de voir la famine qui s’installe, la pauvreté qui nous dévore… Peut-être parce qu’ils n’osent plus se regarder dans un miroir, ils ne voient pas leur nez grandir, à force de mentir  pour tromper leurs compatriotes…

En l’absence d’une réelle volonté politique qui prône la tolérance de la part des fantoches actuellement au pouvoir, le bras de fer et l’escalade de la provocation partisane entre les  excités du TGV et les fanatiques du TIM risquent de conduire tout le pays vers un drame regrettable.

Manipulé par les mains habiles et les cerveaux malades de faiseurs de rois patentés, Andry Rajoelina règnera en maître,  plus de trois années durant, sur toute une population de dupes. Croyant avoir un roi nouveau, elle était sous l’emprise d’une marionnette entourée d’une clique de cyniques profiteurs, plutôt pressés de se remplir pleins les poches et les comptes bancaires. Avec l’arrivée de cette créature au pouvoir, le pays connaîtra la pire situation de son histoire. Comme dans le livre de Carlo Collodi publié en 1881, avec Andry intronisé comme chef de l’Etat au pays des lémuriens, c’est vacance toute l’année. Du nouvel an jusqu’au 31 décembre : vacance de pouvoir réel et effectif, reconnu par le concert des nations, vacance de loi fondamentale susceptible de régir la vie de la nation, vacance d’institutions capables de policer la conduite des affaires publiques, vacance de bonnes mœurs, et surtout vacance d’hommes d’Etat fiables, dignes de sortir la nation de ce cauchemar permanent et bien sûr vacance de la discipline chez les militaires . Il y a bien entendu ces hommes de paille qui se prennent pour quelqu’un à la tête de quelque chose dotée d’une appellation ronflante comme le parti M .D.M de Pierrot Rajaonarivelo, le parti MAMAFISOA de l’ex-sénateur Rajemison Rakotomaharo et le machin de cet incorrigible intriguant de Norbert Lala Ratsirahonana. C’est combien de bataillon ? Tout juste un rassemblement de trois pelés et un…tondu   par entité, soutenus par une cour de politicards,  tous des adeptes du retournement de veste et fanatiques du militantisme à géométrie variable…

LES COULISSES DES  HISTOIRES

Madagascar avait connu l’époque des dynasties qui n’avaient rien à envier aux cruelles intrigues de palais des Borgia et des illustres têtes couronnées de la vielle Europe. Les tribulations matrimoniales et les histoires d’alcôve de cette monarchie  locale ont permis l’avènement de la période coloniale. A partir de l’année 1896, les invasions, les répressions historiques sanglantes des corps expéditionnaires et  la mise en place d’une administration française structurée et tentaculaire ont, par la suite, fortement marqué le paysage sociopolitique de l’ensemble des petits royaumes existants. Avec l’indépendance et Philibert Tsiranana comme  premier Président de la République d’un état unitaire,  le pays entre de plein pied dans le concert des nations modernes.

Pourtant, depuis le 26 juin 1960, date de la déclaration officielle de l’indépendance jusqu’à ce jour, cette île merveilleuse de l’Océan Indien, jamais encore, n’a connu le bonheur de jouir des bienfaits d’une alternance au pouvoir en douceur. La  succession des équipes au pouvoir se déroule toujours dans le chaos et au prix du sang versé. En mai 72, comme en 1991, en 2002 et en 2009, une foule de badauds sur incitation d’une bourgeoisie rusée et cupide descend dans la rue. Des tribuns hors pair et talentueux  poussent la couche prolétaire de la population la plus défavorisée de la capitale et des villes de provinces,  à la désobéissance civile pour paralyser l’administration jusqu’à obliger les dirigeants en place à quitter le pouvoir. Au nom d’on ne sait quelles aspirations populistes imaginaires, ils se servent des pauvres en guise de marchepieds pour arriver à leurs fins. Et dans les chaumières des bas-quartiers d’Isotry, Andavamanba, les taudis des bidons-ville, croyant avoir servi une juste cause, des familles éplorées portent toujours dans leur cœur le deuil de leurs fils tombés sous les balles des forces de répression. Le 7 févier 2009, une foule de naïfs bernés par des agitateurs furent envoyés à l’abattoir, afin de permettre l’installation d’Andry Rajoelina, à la place d’un Marc Ravalomanana arrivé lui aussi à la magistrature suprême, avec le soutien de quelques juges parjures et d’officiers félons. Ce jour-là, lors de ce Samedi Noir, Monja Royndefo, le fils de Monja Jaona ce héros de la lutte anticoloniale, a failli laisser sa peau devant le Palais d’Etat d’Ambohitsorohitra qu’il n’occupera jamais, en tant que Premier ministre, chef de gouvernement comme Andry l’avait indiqué publiquement,  juste avant le massacre. Et pour cause…

Après chaque émeute, dans le confort de leurs résidences cossues, les meneurs de l’insurrection se partagent les leviers de commande de l’Etat. Ainsi, ils seront les détenteurs de la maîtrise du contrôle de l’économie de la nation toute entière. Au cours des années 70, 80 et 90, ils vont jeter leur dévolu sur la vanille, le girofle, les produits de première nécessité et surtout le riz importé. A partir de l’an 2.000, ils se battront entre eux pour dominer les exploitations des produits miniers (or, chrome, cobalt, nickel, pierres précieuses,…….et uranium), des ressources halieutiques et du fameux bois de rose et autres essences rares. Ces produits prohibés quittent le port de Tamatave, par centaines de containers (vous avez bien lu), sous le nez et la barbe des douaniers. Le fils du patron des Douanes lui-même est à la tête d’une société de transit qui sert de passoire aux combines et autres passe-droits…

JURER DE DIRE LA VERITE ET RIEN DE LA VERITE

Si dans les contes de fées, la mort et les châtiments sont réservés  aux méchants, il faut avoir vécu dans ces localités perdues, situées entre Antseranana et Faux-Cap, en passant par les vastes plaines des Hauts-Plateaux, pour croire que ces tristes sorts sont le lot quotidien des simples gens. Le système judiciaire déjà sérieusement déglingué par un fort penchant à la corruption se trouve actuellement handicapé par une grève animée par les arrière-pensées politiciennes de quelques magistrats. Avec leur omnipotence  exorbitante au service d’une rapacité arrogante, ils rêvent encore de jouir d’on ne sait quelle forme d’indépendance du pouvoir judiciaire. C’est comme si le fait de priver n’importe quel citoyen de sa liberté et de ses droits les plus élémentaires au nom de l’intime conviction ne suffit pas. Ne voilà-t-il pas qu’une bande de juges au nom de la corporation revendique le droit de se comporter comme Dieu Lui-même, alors que la plupart d’entre eux ont déjà trempé dans des compromissions scandaleuses très enrichissantes. Très souvent au cours de simulacres de procès on fait jurer de « dire la vérité »…et rien de la vérité. Les braves gens ne croient presque plus aux vertus du glaive et de la balance. Ils préfèrent se passer des services des avocats.  Ils trouvent qu’il  est plus judicieux de négocier directement avec un magistrat. Au lieu et place des minables espèces sonnantes des bakchichs traditionnels, les liasses de billets de 50.000 Ariary sont beaucoup plus impressionnantes, pour  le magistrat instructeur et son intime conviction. D’un bout à l’autre du territoire national l’astuce est valable et fonctionne aussi bien pour le simple plaignant que pour le délinquant notoire. Dans  quelques  endroits, il n’y a presque plus que quelques rares professionnels du Droit avec un grand D, pour faire la différence entre la notion de la présomption d’innocence et une lourde charge. La délivrance systématique d’un mandat de dépôt est monnaie courante et  aussi source de profits pour certains juges parjures. Pour sortir de prison, les éleveurs surtout, ne lésinent pas devant le montant des sommes à payer. A contre cœur, dans une affaire pour laquelle il est le dindon de la farce. Les prisons sont remplies de boucs émissaires et de ces desperados, ces laisser-pour comptes d’un système carcéral d’un autre âge.

Opprimés et ruinés par des bandes armées, sinon par ceux-là mêmes qui étaient censés faire respecter la loi, les paysans de l’arrière-pays ne savent plus à quel saint se vouer. Les bandits des grands chemins sévissent tout au   long des grands  axes des routes nationales pour détrousser les voyageurs. Les « dahals » terrorisent les campagnes et n’arrêtent pas de vider les parcs à bœufs des éleveurs impuissants, sous la menace des kalachnikovs. Les habitations des centres urbains n’échappent guère à la fureur d’un banditisme ambiant que la mauvaise foi des quelques chefs de juridictions rendent de plus en plus audacieux.

Ce n’est pas tout : la sécurité des biens et des personnes en générale et la sécurité alimentaire en particulier, sur le plan national font défaut. La pénurie  fait des ravages dans les périphéries d’Antanimora, Ambovombe, Beloha et autres villages enclavés du Sud profond. Obnubilés par le mirage d’une reconnaissance internationale qui tarde à venir, ceux qui s’imaginent diriger la République, refusent de voir la famine qui s’installe. Peut-être parce qu’ils n’osent plus se regarder dans un miroir, ils ne voient pas leur nez grandir, à force de mentir  pour tromper leurs compatriotes./-

Qui aurait cru que, pour éviter de se farcir la pérennité au pouvoir d’un  laitier mégalo et « roublard » qui, au fil des années se transforme en un Pinochet des tropiques, l’île de Madagascar  tomberait  un jour, sous la férule d’un pantin bien en chair et en os ?

Mac BOLAN